A Mostar, la culture sert de pont

A Mostar, la culture sert de pont

Les tensions communautaires demeurent très fortes à Mostar. Situé entre les parties croate et bosniaque de la ville, le centre Abrasevic tente de faire dialoguer les jeunes des deux communautés par des activités culturelles.

A Mostar, il faut tout prévoir en double : deux compagnies d’électricité, deux clubs de sport, deux universités, deux théâtres nationaux, deux hôpitaux… La ville, situées à une grosse centaine de kilomètres au sud de Sarajevo, reste écartelée entre les rives croate et bosniaque de la rivière Neretva. Depuis la fin de la guerre.

Ouvert en août 2003, le centre culturel Abrasevic entreprend néanmoins de changer les mentalités. En utilisant la culture comme vecteur de rapprochement entre les communautés. « Nous voulions un lieu qui puisse accueillir toutes nos initiatives culturelles et qui ne subisse pas les pressions partisanes », indique Tina, membre du collectif à l’origine du projet.

Après diverses actions et recours auprès de la mairie, ce collectif obtient de pouvoir s’installer rue Alekse Santica, à l’emplacement même du centre culturel d’avant guerre. « Ce lieu est très symbolique pour nous car il se trouve à la fois dans le centre et sur l’ancienne ligne de front », ajoute-t-elle.

Depuis, l’activité du centre n’a pas ralenti. Celui-ci s’emploie à développer concerts, festivals, expositions, théâtre, émission de télé et webradio. Dans une ville qui n’a même plus de cinéma. « On a calculé que, sur un an, on faisait 13 fois plus d’activités que toutes les institutions culturelles de la ville », déclare Tina, un peu désabusée.

Venir à bout des divisions entre Croates et musulmans reste néanmoins un travail sans fin. « Ici, les jeunes sont endoctrinés dès leur plus jeune âge, d’un côté comme de l’autre, déplore Tina. Ils ont l’enseignement religieux dès la maternelle et, plus tard, on leur apprend une histoire complètement différente. »

Chaque communauté vivant en vase clos, les jeunes peuvent ne jamais se rencontrer. Certains s’affrontent même, notamment lors des matches de football entre le HSK Zrinjski Mostar et le FK Velez Mostar, les deux clubs de la ville.

Le faible soutien de la municipalité est compensé par la détermination de l’équipe qui anime le centre. « Nous sommes parmi les seuls, ici, à travailler sans avoir d’argent », déclare-t-elle. Depuis trois mois, la paie des salarié n’a pas pu être versée, sans que cela n’arrête l’activité.

Lancé grâce au soutien de la fondation Pro Helvetia, le centre vit des subventions du ministère de la Culture de la Fédération de Bosnie-Herzegovine, de celles de l’ambassade tchèque et de ses revenus propres. Assez pour survivre, certes. Mais le changement de mentalité dépasse les questions de trésorerie.

Thibault Chaffotte

Leave a Comment Here's Your Chance to Be Heard!