A Mostar, deux lycées sous le même toit

A Mostar, deux lycées sous le même toit

Catégories : A la Une, Identité(s) ?

Le meilleur lycée de Mostar est un symbole d’ouverture en Herzégovine puisqu’il accueille à la fois des élèves croates et bosniaques. Mais les deux communautés s’y croisent plus qu’elles ne vivent ensemble.

A 13 heures, l’appel à la prière retentit à côté du Gymnasium, l’immense lycée orange vif de Mostar, capitale d’Herzégovine. Quelques minutes seulement avant que les élèves croates ne terminent leurs cours. Comme un symbole du «mélange» dont se félicite l’établissement.

Ici, Croates et Bosniaques vont dans le même lycée, alors que les écoles alentour ne sont peuplées que de l’une ou l’autre des communautés, selon le côté de la ville où elles sont situées.

Malgré cette ouverture, la mixité reste assez superficielle. Les élèves croates assistent à leurs propres cours,  enseignés par des professeurs croates, séparés des Bosniaques. C’est vrai des cours d’histoire aussi bien que ceux de  langues. Qu’importe si le croate diverge autant du bosniaque que le français du wallon.

Des amitiés se créent

Les deux communautés n’ont qu’un cours obligatoire en commun, celui d’informatique. Les élèves peuvent ensuite participer ensemble à des cours optionnels, de sport ou de journalisme, par exemple. Une goutte d’eau parmi les sept cours quotidiens auxquels ils sont tenus d’assister.

«Ce n’est pas une bonne chose de nous séparer, regrette Azur, jeune Bosniaque de 15 ans au T-shirt jaune pétant. A cause de cela, nous ne parlons pas beaucoup avec les Croates, nous ne faisons pas grand chose en commun

Les adolescents des deux communautés arrivent à lier des amitiés grâce au cours d’informatique, devant le lycée ou pendant d’éventuelles activités extra-scolaires. Bien plus, donc, que les autres lycéens. Mais certains en attendent plus (voir la vidéo).

La proviseure du lycée, Ankica Čović, se défend de cliver les communautés. «C’est très fort de parler de « séparation »,  car les élèves ont des activités communes, estime cette femme tout en rondeur, parée de nombreux bijoux. C’est simplement qu’il existe deux programmes, donc nous donnons le choix aux enfants, ils voient ce qui est le mieux pour eux

Un choix tout relatif, puisque les classes sont clairement appelées «croate» et «bosniaque». «Les directives viennent du ministère, nous n’avons pas de droit de regard là-dessus», justifie la proviseure.

Côté parents, on n’est pas forcément convaincu non plus. La fille de Jadremka étudie au Gymnasium. Tout comme elle il y a quarante ans. «Les enfants sont des enfants, c’est tout. Je n’aime pas l’idée d’avoir deux écoles, ce serait plus beau de réunir tout le monde», déplore cette Croate. Sa fille, Ana, a de nombreux amis musulmans. «Ils viennent à la maison, j’accueille tout le monde», se félicite-t-elle.

Parmi les nombreux élèves rencontrés, tous vantent le vivre-ensemble. Mais, côté croate, on semble davantage se satisfaire d’un statu quo. «J’ai beaucoup d’amis dans l’autre programme, je ne les déteste pas, précise Marina, 17 ans. Mais la situation actuelle me convient, je n’ai pas forcément envie d’avoir plus de classes en commun avec eux.»Si la jeune fille se montre ouverte aux «autres», ce n’est semble-t-il pas le cas de tout le monde (voir la vidéo).

Et les 10% d’élèves serbes, dans tout ça ? «Ils choisissent dans quel groupe ils veulent aller», confie la proviseure. Mais d’après Verdan, adolescent à moitié serbe, à moitié bosniaque, les seuls Serbes qui rejoignent le Gymnasium sont tous catholiques : «Ils ne pourraient jamais venir ici s’ils étaient orthodoxes

Elsa Maudet (texte) et Alexia Mayer (vidéo)

Un commentaire Comments For This Post I'd Love to Hear Yours!

  1. Fabien dit :

    Bonjour, et bravo pour se blog sur la BiH ! Il donne une vision juste sur ce pays méconnu.
    Je suis allé à Mostar il y a 5 ans, et j’avais rencontré des jeunes françaises du Centre Culturel de Mostar qui mettaient en place un projet de classe bilingue autour de la langue française, avec des cours communs en français. Je crois aussi que le livre d’histoire franco-allemand était utilisé.
    Avez-vous eu des échos de ce projet ?

Leave a Comment Here's Your Chance to Be Heard!